VENDEUVRE, autrefois.

Faire oeuvre de pionnier et suivre ainsi sur sa lancée par progressions successives mais durables. Partir du petit atelier artisanal, franchir l’étape de la petite industrie, puis de la moyenne et parvenir au stade de la fabrication en grande série. Rapprocher la petite forge et la fonderie aux moyens rudimentaires des ateliers puissamment mécanisés et d’une fonderie des plus modernes. Ajouter à cela l’ané-antissement en 1944, presque total des moyens de production et imaginer l’immense tâche de reconstruction qui s’est imposée.

C’est évoquer VENDEUVRE et résumer en quelque sorte son histoire.

Celle-ci est caractérisée avant tout par une vitalité qui ne lui a fait défaut à aucun moment de son existence. Dotée d’une organisation sans cesse évolutive qui lui permet de s’adapter sans heurts coûteux ni transformations révolutionnaires aux exigences du présent, elle est toujours capable de se préparer aux dures batailles de l'avenir.

125 (1837 à 1962) années aux services de la Mécanisation Agricole

Depuis 1837, cinq générations d’ingénieurs, de techniciens et d’ouvriers se sont relayés dans une entreprise qui ne manque pas de grandeur. Grâce à la continuité de leurs efforts dans la production de matériels de haute qualité, la marque VENDEUVRE a toujours connu un enviable renom. La plus récente reconversion opérée en 1955 lui a permis de se spécialiser d’une façon complète dans la fabrication des moteurs Diesel et des tracteurs agricoles.

En application d’un programme établi à cette époque, la Société a exploité à fond des possibilités résultant d’un développement continu d’une gamme de moteurs Diesel à refroidissement par air et d’une nouvelle technique. Cette nouvelle étape dont la réalisation est maintenant complètement terminée confirme la possibilité de la Société de produire à toute époque des matériels dont la technique s’inscrit à l’avant garde du progrès.

Quelques uns d’entre nous n’écouteront pas, sans quelque émotion, ce rappel du passé, pas plus qu’ils n’échapperont à cette conviction commune que l’existence de ce passé est le meilleur garant de l’avenir de VENDEUVRE.

LA NAISSANCE D’UNE GRANDE FIRME

Au début du siècle dernier, Vendeuvre-sur-Barse était une petite bourgade sans importance, et l’on aurait étonné ses habitants en leur disant qu’un jour le nom de leur hameau serait connu dans toutes les parties du monde. L’événement qui amorça ce prodigieux développement eut lieu au printemps de 1837 à l’époque où selon la tradition tous les hommes valides du pays se préparaient à reprendre leur dur métier de bûcheron dans les forêts qui entouraient le pays.

Monsieur PROTTE, artisan mécanicien de VENDEUVRE déjà préoccupé de la mé-canisation des travaux agricoles, décida de créer un véritable atelier de fabrication en profitant de l’existence d’un moulin hydraulique installé sur une dérivation de la rivière. Le problème du battage de céréales était alors d’actualité. Utilisant le bois qu’on trouvait facilement dans la région, il organisa une fabrication de machines à battre qui devait éviter le fatigant et fastidieux travail du fléau.

LES PREMIERES MACHINES

D’abord connue sous le nom des Établissements PROTTE, et très vite sous la raison sociale maintenant plus que centenaire d’ETABLISSEMENTS DE CONSTRUCTIONS MÉCANIQUES DE VENDEUVRE la production augmenta rapidement. Sous l’Empire, en 1863, on créa la première machine à vapeur destinée à remplacer les manèges de chevaux et, plus tard, la célèbre tripoteuse dans laquelle un cheval attelé à la machine se déplaçait sur un plan incliné, pour la faire mouvoir.

Ces machines furent un succès, primées pour la première fois à l’Exposition Universelle de 1867, elles recueillirent en 35 années 16 Grands Prix, 39 médailles d’or et 145 médailles de bronze et diplômes d’honneur.

Au premier modèle de locomobile chauffé au bois dans lequel la pression de la vapeur atteignait seulement 1.8 kg, succédèrent des modèles de plus en plus perfectionnés. Montées dune manière particulièrement originale sur de puissants ressorts. Ces machines à vapeur étaient réputées auprès de la clientèle paysanne pour être presque inusables. On pouvait sans crainte les déplacer attelées derrière des chevaux à travers les chemins cahoteux et extrêmement difficiles de l‘époque, sans crainte de dégâts de mécanisme. Parallèlement, les batteuses se perfectionnaient de façon à obtenir un triage de grain de plus en plus propre. C’était l’époque où le pain était le premier élément de la nourriture des Français et où les artisans boulangers mettaient leur point d’honneur à fournir une matière absolument blanche.

LA CONSÉCRATION DU SUCCES

Pour l’Exposition Universelle de 1889, on créa un modèle de scierie ambulante, pouvant se transporter sur les lieux d’abattage. Ce système fut une nouvelle révélation qui attira une nouvelle clientèle. Mus par les célèbres locomobiles VENDEUVRE, les matériels de scierie se répandirent rapidement dans l’est de la France et furent à l’origine d’une nouvelle moisson de décorations et de récompenses. A l'exposition de 1900, la firme vielle à cette époque de 63 années était en plein essor et s’était préparée à un avenir exceptionnel.

LA FOIRE DE PARIS 1905

Il faudrait des pages entières pour décrire ce que furent les années 1900 à 1914 pour la Société, à cette époque en plein développement. L’apparition du moteur à gaz, suivi des moteurs à pétrole et à essence, permit de nouvelles fabrications.

VENDEUVRE entreprit à cette époque une campagne systématique pour la petite batteuse individuelle. Dans l’esprit de ses promoteurs cette batteuse devait permettre aux cultivateurs d’assurer eux-mêmes pendant l’hiver, avec leurs propres moyens, le buttage de leur récolte. Mue par un des nouveaux moteurs à pétrole, la petite batteuse prit place dans les exploitations familiales de l’est et du centre de la France et l’on peut dénombrer de nombreux villages équipés de ces matériels.

Bien entendu, le moteur ne resta pas inactif le reste de l’année. Sans attendre les grands travaux d’électrification, les agriculteurs eurent ainsi à leur portée une force motrice économique et robuste. La première présentation de ces machines eut lieu en 1905 dans les halls du Grand Palais où lu Foire de Paris fut solennellement inaugurée pour la première fois.

LA PREMIERE GUERRE MONDIALE

La grande tourmente s’abattit sur la France en 1914,VENDEUVRE eut la chance d’être protégé de l’invasion et très rapidement les ateliers purent être remis en route. Durant quatre années les fabrications agricoles furent abandonnées et tout le matériel transformé pour l’usinage des obus. Habitué aux rigueurs de la mécanique, le personnel se plia très vite aux impératifs de la nouvelle production. Tout le potentiel de cette Société fut mis au service de cette activité.

Dès la fin de la guerre les machines-outils reprirent leur travail pacifique. Des semoirs, des batteuses, des presses, sortirent en quantité de l’usine centenaire, dont nous désirons avant tout faire connaître le passé glorieux.

DIEPPE 192O LA PREMIERE PIERRE

Alors qu’on terminait à peine les quais qui devaient permettre aux bateaux assurant la ligne Dieppe-Newhaven d’accoster au coeur même de la ville, VENDEUVRE à défier, sur un terrain avoisinant la gare de marchandises, des ateliers pour développer la production des moteurs entreprise dans l’usine mère.

Déjà, les moteurs EV régime 400 tr/min remplacent partout la locomobile encombrante de 1900. Mais la technique évolue et Dieppe sort la nouvelle série EVR régime 1 000 tr/min qui remporte une médaille d’or en 1921 à la Foire de Paris, dont les fastes dans la tradition de l’époque se déroulent sur l’esplanade des Invalides.

Au début, ces moteurs plus rapides rencontrèrent une certaine méfiance de la part des usagers qui n’étaient encore habitués qu’au régime lent, mais combien confortable pour l’esprit, des premières machines. Ces moteurs, qui avaient entre autres particularités celle d’être peu encombrants, sont montés sur différents matériels agricoles et c’est ainsi qu ‘ils participent au premier Salon de la Machine Agricole en 1922, salon qui devait consacrer les débuts de la motoculture.

1925 LES MOTEURS "RAPID"

En 1925, Dieppe crée un nouveau moteur, dit “Rapid”, tournant à 1 500 tr/min. Le vilebrequin et l’arbre de distribution étaient montés sur roulement à billes. Le graissage s’effectuait sous pression. Le refroidissement était assuré par un radiateur tubulaire facilement démontable. Ce moteur avait en outre la particularité de pouvoir fonctionner au “gasoil” à l’aide d’un gazéificateur spécial, ce qui constituait un progrès important pour l’époque. La France était entrée 1ère de la vitesse et de la grande industrie et, par un paradoxe dont peu devinèrent le sens, on commençait à regretter les années 1900 qu’on se plaisait déjà à appeler la Belle Epoque.

Parallèlement, Dieppe construit les premiers groupes électrogènes qui apportèrent dans les campagnes la fée électricité jusqu’alors réservée aux villes. Ces groupes étaient notamment utilisés dans divers cinémas, attractions foraines et pour les premiers ambulants.

L' utilisation des moteurs à essence était d’un coût élevé, aussi avait-on imaginé des moteurs fonctionnant au gaz pauvre, mais de l ‘autre côté de la frontière, le nom de Diesel est déjà synonyme d’une autre technique.

1930 LES DIESEL

En 1930, Dieppe lance sur le marché son premier moteur Diesel de 9 ch. tournant à 1 000 tr/min. Ce moteur, présenté dans les principales foires et expositions, attire de nombreux curieux un peu surpris de voir cette machine aux lignes déjà sobres absorber avec aisance un liquide épais et noirâtre sans que la régularité de la mécanique en souffre.

L’ampleur de la réussite amène VENDEUVRE à abandonner peu à peu la fabrication des moteurs à essence pour se consacrer uniquement à la production des moteurs Diesel dont la gamme de puissances s’étendra bientôt de 6 à 70 ch.

La conception de ces moteurs réputés increvables permet de réaliser de nombreuses adaptations sur tracteurs ainsi que des milliers d’applications dans l’industrie et les travaux publics. En version marine, ils verront disparaître les dernières péniches tirées par la force animale tout au long des chemins de halage.

Accessoirement, Dieppe construit des machines à bois combinées, dont une de faibles dimensions et d’un prix très bas transformera le travail de nombreux artisans menuisiers.

1937 PREMIER TRACTEUR

En 1937, Dieppe sort son premier tracteur équipé d’un moteur Diesel VENDEUVRE 24 ch., puis un second de 36 ch. Ces tracteurs montés sur pneumatiques et munis d’une poulie de battage connaîtront la faveur des grandes exploitations et des entreprises de battages.

En 1939, VENDEUVRE possède une expérience de plus de 30 années dans la fabrication des moteurs. Dans la métropole, aux colonies et à l’étranger, la marque VENDEUVRE est devenue le symbole des vieilles qualités françaises Solidité, Economie, Sécurité. L’usine de Dieppe a pris de l’extension et représente un potentiel industriel déjà appréciable mais à nouveau c’est la guerre et les ateliers seront requis pour l’usinage des obus.

 

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